La boule cubique




Je m’appelle Enzo. Tous mes amis vous le diront, je suis du genre poisssard ascendant looser. Compte tenu de mon karma, j’ai développé un certain sens de l’humour. Me moquant de tout, cherchant toujours à faire une blague et surtout en m’inventant des histoires pour rendre le quotidien supportable. J’ai une amie. Ca fait un an. J’en reviens pas. Elle est encore avec moi. Bref, peu importe, c’est pas de cela dont je veux vous parler. Enfin si, forcément.

Tout a commencé par un délire. Un de plus. Un de trop.

Mon amie et moi avions acheté via Internet un cube en plastique multicolore. Après l’avoir déballé, une idée absurde me vint : faire de ce cube le héros d’épisodes courts réalisés à partir de clichés photographiques et de retouches numériques.
Je commençais dès le soir même et publiais la première photo sur un réseau social avec le commentaire suivant : « Elle est apparue sur le balcon. Pour l’instant, pas de contact. La boule carrée demeure silencieuse... Pourquoi est elle là? Pourquoi nous ? »

Le lendemain : « Elle vient de changer de couleur... Est ce un langage, un code chromatique ? » puis un peu plus tard « 23:11. La boule cubique vient de s éteindre. Nous partons demain pour deux jours. Sera-t-elle là à notre retour ? Paris existera-t-elle encore ? Si oui, la boule se laissera-t-elle filmée ? A dimanche, les amis. Enfin, je l'espère... »

Le dimanche donc, je mentionnais « 21:42 - 3ème soir - la boule cubique reprend vie. Orangée. ». Je décidais d’enfoncer le clou en jouant la carte de l’horaire. Ainsi, il y eut lundi « 21:42.. "+++ --- +++". Je pense de suite à rajouter "- - -". Mais n'est-ce pas autre chose ? cela me semble familier comme code... » puis le mardi « 21:42.. un message « Help me ». Putain, heureusement que je parle anglais... ».
Les commentaires de mes « amis » montraient qu’ils avaient mordu à ce petit jeu, même si Marie, celle qui me supporte au quotidien, était quelque peu atterrée de me voir revenir du balcon hilare.

Ce fût le dernier jour où j’en rigolais. Le dernier soir.

Mercredi. 21:40. Je sors sur le balcon, foule la fausse pelouse, m’approche de la boule cubique. Au moment où je me saisis de sa télécommande pour choisir sa couleur… Elle s’allume sans que je n’ai eu le temps d’appuyer sur un bouton. Violet. Je vais pour l’éteindre. Rouge. Je réappuie plus fermement sur le bouton « power ». Orange. Je lâche la télécommande. Bleu. Je recule d’un pas, laissant le cube retomber. Jaune. Et des lettres commencent à apparaître « S.a.v.e..m.e..p.l.e.a.s.e ». Et la boule cubique s’éteint. Blanche. Je m’allume une cigarette, hagard. Je crois à une blague, mais je tiens encore la télécommande dans ma main. « Marie… Marie… Viens voir !! », criais je.
-    Quoi encore ? me demanda-t-elle
-    Tu ne vas pas me croire. Tu vas encore penser que je suis dans mon délire. Mais la lampe-là, elle s’est allumée toute seule et a fait une séquence de couleurs alors que je voulais l’éteindre…
-    Bien sûr, mon chéri, ça arrive tous les jours. Tu sais c’est sûrement un problème du au circuit. Allez, n’y pense plus. On va se coucher, me dit elle faussement attendrie.
-    Mais, si je te promets, elle a émis des ondes colorées sans que j’y sois pour quelque chose. Elle m’a même laissé un message en anglais pour me demander de la sauver, insistai je pour tenter de la convaincre que je n’affabulais pas.
-    Je te crois, mon cœur. Elle t’a bien demandé de l’aider hier soir. Donc c’est logique qu’elle insiste vu que t’as rien fait, reprit-elle sur un ton pour le coup moqueur...



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Le texte complet fait partie du recueil "Avant que la vie ne nous sépare, contes du temps présent et autres anachronismes" (c) Fred Daviken