Casse toi !

« Casse toi !! »

Deux mots. Pas un de plus. Valises Lancel à mes pieds. Je suis restée là. Interdite. Figée, sauf le rimel qui dégoulinait. Et puis, toutes les pensées qui s’entrechoquaient. Étais-je allée trop loin ?
Cette colère froide dans ses yeux acier. Statique. Bras croisés. Plus d’amour. Plus de désir non plus. Vraiment.

Il m’a tendu une lettre et un chèque. J’ai vu le montant et je n’ai pas eu besoin de lire la lettre. Un chiffre, une signature. 12 ans réglés en deux minutes. Le prix de mes libertés. Le prix de nos silences. Le prix d’un Rubicon franchi.
Pourtant, j’en avais besoin. J’étouffais. J’en pouvais plus de mes masques et déguisements. J’avais juste envie d’être nue. De respirer et sentir le vent sur ma peau, celui du souffle d’un amant. Sentir la chaleur du soleil, la peau et le désir d’un autre homme. Retrouver l’innocence et l’énergie des premiers gestes.

Pas des trucs factices ou compliqués à base de silicone ou d’échanges autour d’une alcôve ou d’une soirée arrosée. Pas de fantasmes virtuels pour supporter la tristesse de mes journées et le vide qui les remplissait. 

Juste des regards, des gestes. Une main qui se tend vers ma nuque, une autre sur mon cul. Peu importe la couleur des rideaux de cette chambre d’hôtel ou l’humidité de ce parking de banlieue. Je voulais vibrer, retrouver mon corps, retrouver l’envie par delà l’habitude…

* **

Cette femme que je contemple dans la glace, c’est la mienne. Celle à qui j’ai dit « casse toi » parce que j’ai pas su lui dire « reste ».