Deviant patchworks : Par une nuit romaine


Je ferme les yeux et te retrouve à la sortie des thermes de Dioclétien. Le Viminal se pare du pourpre du soir tombant. Nous nous dirigeons vers la demeure séculaire de ta famille. L'un à côté de l'autre, uniquement reliés par notre secret. La main sur mon glaive, je jette des regards de côté, pour nous protéger. Et surtout, me bercer au mouvement de tes boucles de jaïs, fines cascades sur ton cou, soulignant un peu plus ton pas chaloupé et dissimulé sous ta toge de lin.

En contrebas, des torches, minuscules points de lumières, déambulent entre les rues étroites de la cité. L'air est frais, quand nous gravissons les marches qui mènent à la terrasse, où nous attend un lit couvert de soie venue de la lointaine Perse. Des candélabres déversent sur l'espace une douce lumière, tandis que des cariatides nous toisent avec jalousie. Tu te diriges vers le lit et l'ombre transparente de ta poitrine apparaît. Je me tiens derrière toi, te retourne doucement et saisis tes lèvres. Pour ce baiser que nos parchemins se sont promis.

Je détache la fibule qui tient ta tunique. Elle tombe doucement , glissant sur ton ventre, tes hanches, tes cuisses et tes jambes et choit enfin à tes pieds. Je t’enveloppe de mes bras et te serre un peu plus contre moi . Je sens dans ta chevelure des notes de musc et d'amande. Je parcours tes joues, descends le long de ton cou d’albâtre et m’arrête pour me plonger dans tes yeux.  Puis, je les ferme pour m’enivrer des différents épices et huiles qui t’habillent encore. Tandis que tes mains caressent ma nuque, tes doigts, savamment, dessinent d'étranges arabesques sur mes épaules. 

A travers les cyprès, des lueurs rouges, vers luisants carmins, jaillissent au quatre coins de la ville endormie, sous le regard de Séléné. Et dans un rire dément, l'Imperator innonde le soir des désaccords de sa lyre. Figés, enlacés, nos corps se perdent dans le brasier. Agnus dei...