Avant que la vie ne nous sépare

"Elle, étranglée... lui pendu, la veille de leur mariage", d'après la couverture du Détective daté du 10/11/2015

Depuis l'âge de sept ans, j'ai raison. Quand on me demande ce que je pense de telle ou telle situation, ce que je dis est la vérité. Qu'elle plaise ou déplaise, ma parole est porteuse de vérité. Pas dans le détail, bien sûr, mais sur le fond toujours. Mais personne ne me croit. Avant, c'était parce que j'étais trop petite et, maintenant, parce que je suis une femme. Avant parce que je n'avais rien vécu et maintenant parce que je suis morte. Pourtant s'ils m'avaient cru au moins une fois, juste cette fois là, je serais encore parmi eux à rire, à boire et à chanter en l'honneur de mon mariage...


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J'ai rencontré Joss par hasard. Enfin, pas vraiment. Je savais que j'allais rencontrer quelqu'un si je me rendais à l'anniversaire de Samira. Donc, j'avais la possibilité de ne rencontrer personne en déclinant son invitation, mais je savais qu'elle insisterait et que je lui dirais « Bon d'accord, je viens mais je ne reste pas longtemps et surtout je ne bois pas. Tu me connais... ».

Plus j'avançais entre les barres de HLM ce soir là, en empruntant des allées au nom de musiciens entourées de gazon épars et de bosquets déglingués, plus je savais qu'il fallait que je rebrousse chemin. Je le sentais, rien de bien identifié, juste une sensation, une sorte d'alerte mentale « Ma fille, casse-toi, les emmerdes sont au bout ». Un peu comme tu sens que tes règles vont arriver. C'est biologique, directement connecté à tout ton être.  C'est ce genre de signal que je ressens pour tout ce qui me concerne. Pour les autres, c'est plus concret. Sous la forme d'images assez nettes. Un peu comme pour John Smith, dans le « Dead zone » de King. Bon autant quand c'est dans un bouquin, c'est sympa, autant quand c'est dans ta vie c'est flippant. En fait, non, c'est plus que flippant, ca me fait mal d'avoir raison, de voir les événements arriver et que personne ne me croit et surtout ne se souvienne que j'ai eu raison.
Un exemple ? Un après-midi, je me baladais tranquille avec Enzo, un vieux pote du collège et il me raconte comme quoi il est « super content » parce que pour la première fois il va au ski et en plus ce sera aux Arcs. Moi, je lui dis simplement « n'y vas pas, Enzo, il va t'arriver une merde... ». Il est parti. Première descente, double fracture bras-tibia. Retour maison. Je lui ai rendu visite, avec une boîte de chocolat, et il ne m'a rien dit, même pas un « comment tu savais ?» ou « la prochaine fois, me dit rien !» ou encore « tu porterais pas malheur, des fois ? ». Juste un « super content, que tu viennes me voir, ma cochonne... ».
Des exemples comme celui d'Enzo, je pourrais vous en raconter plein. Mais, je n'ai plus trop le temps de m'épancher et d'approfondir.

Donc, comme je vous le disais, je remontais l'Allée Hector Berlioz avec mon foutu pressentiment, quand une voix grave m'interpelle « Hé petite, tu vas chez Sam ? ». Je me retourne et vois un type assez grand, jean bien coupé, blouson en cuir marron, polo de marque blanc, le port altier, la mâchoire franche, des cheveux châtains coupés courts, deux yeux verts et un sourire un brin narquois.
« Josselin Falroux, mais mes potes et les fainéants m'appellent Joss. Et toi, tu es ? »
Sandra. Sandra Cloarec. Hé oui, je vais chez Sam..., lui répondis-je bien niaisement.
Bon, comme je ne suis pas expert en architecture urbaine et sociale, on va pas s'éterniser là. Je te propose d'y aller et de se prendre un verre...

Notre arrivée fût loin d'être discrète. La plupart des invités nous connaissait, mais séparément. Là, d'arriver ensemble, forcément, les sourires de connivence et les messes basses fusérent. Samira donna le ton et résuma en une seule phrase l'ambiance générale : « alors, les amoureux, vous êtes enfin là, c'est sympa d'être venus. ».

A ce moment-là, à cet endroit là, non, nous n'étions pas amoureux. Même si dans mon petit coeur, il y avait un truc qui cognait fort et dans ma tête encore plus. La soirée se déroula comme dans toutes les soirées, avec ses blagues pourries, ses moments où enfin tout le monde danse, avec la fille qu'on ne contrôle plus, avec le couple qui prend la chambre des parents pour une alcôve privée et avec Bob qui se vide dans les toilettes et qui nous regarde avec un air désolé, mais stupide, un petit filet de bave au coin de la bouche en guise de clin d'oeil. Une soirée normale avec alcool, jungle speed et « orange bud », spécialement ramenée de Hollande. Parce que pour déconner rien de tel que de se défoncer. Ce n'est que vers cinq heures du matin, que je décidais de quitter tout ce petit monde, enfin ce qu'il en restait encore frais, en se disant que c'était « trop bien », « on se revoit bientôt », « change rien t'es au top », « je t'ai donné mon numéro ? Ha bon, tu le veux pas », « On se revoit quand ? »
Cette question de début de journée, c'est Joss qui me l'a posée. Et je lui ai répondu « maintenant, chez moi ? », un peu moins niaisement mais avec une putain d'envie qu'il me dise « Banco, on y va ! »


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Sandra Cloarec et Josselin Falroux de Kerpenroc'h. Ca sonnait aussi bien qu'on était beau. Depuis notre rencontre, tout allait bien. Les jours et les nuits filaient comme sur une route de campagne, avec ses tournants charmants, ses petits coins pour pique-niquer, ses vallons avec soleil  orangé et soirs tombants, ses passages forestiers où se cacher et ses villages typiques à traverser...
Il a eu la délicatesse de m'éviter de rencontrer sa famille, un monde un peu particulier, avec des codes auxquels je ne comprenais rien, qui sentait l'honneur et la naphtaline pour la « pauvre » fille d'agriculteurs bretons que j'étais. Même si mon père devait posséder plus d'hectares qu'eux. Mais lui, il y travaillait et il essayait d'en vivre. Eux, ils en touchaient la rente depuis des siècles et avaient préféré se diversifier dans diverses industries et commerces, s'embourgeoisant ainsi gentiment mais assurant de fait la survie du Nom. Et pas seulement en vélant du mâle.
J'eus même le privilège d'être invitée un week-end à une partie de chasse à cheval (merci papa, merci maman, de m'avoir envoyé en colonie de vacances où j'ai pu faire de l'équitation deux étés d'affilée). Là, ils me donnèrent tout l'accoutrement nécessaire pour m'assurer une certaine prestance, ainsi que quelques recommandations de Joss concernant mon assiette, sorte d'alpha et oméga de l'art équestre. Ce jour-là, lors de la garden party, je fis la connaissance d'Eric, le frère ainé de Joss. Je me souviens surtout de son baise main. Et du flash :  son visage mutilé et son corps en croix dans un ravin. Retirant ma main prestement, il s'enquit de mon geste même s'il est inconvenant de parler de santé à une dame... Mais Eric étant, comme Joss, plutôt Aristo 3.0, tout en me prenant par la taille pour éviter que je ne tombe, me demanda : « Qu'avez-vous, Cassandre ? Auriez-vous croisé un fantôme que votre tain soit devenu pâle ? ».

Voilà, vous connaissez mon vrai prénom, celui que je cache depuis... Depuis que je sais qui est ma mythologique homonyme. On choisit pas son prénom, mais on peut choisir comment se faire appeler non ? J'en veux pas à mes parents, mais un peu quand même. Passe que ma mère n'ait pas eue envie de me donner un patronyme bretonnisant tel que Soizic, Morgane, Nolwenn, Armelle ou  Fabiane. Passe que mon père s'en foute et lui aurait dit « Vas y, choisis, ce sera bien !! ». Mais Cassandre, bordel, elle l'a tiré d'où ce prénom ? Bon, il faut reconnaître qu'avec ma malédiction, il s'impose. Mais quand même, c'est un peu « too much ».

Désolé pour les digressions, revenons à cet infortuné Eric, qui comme ressenti, allait être retrouvé quelques mois plus tard au fin fond du Gers, sans que la Police n'ait la moindre idée du pourquoi du comment et surtout du qui l'avait assassiné. Ce fût un choc pour Joss,  sa mère et ses trois sœurs, un soulagement pour bon nombre des gens qui le connaissait et une inquiétude pour son père. Il ne lui restait plus que deux fils et quelques millions à transmettre.


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Autant Joss était un mec ouvert, drôle, pas coincé et plutôt dans la lignée des aristocrates humanistes, et Éric un petit con, arrogant, arriviste et débauché, autant le troisième, Gwenaël, est manipulateur, fourbe, pervers et pue la méchanceté gratuite. Là encore, mystère de l'attribution des prénoms ou optimisme des parents quant au futur de leur progéniture.
 
« Gwenaël », l'ange blanc... Alors qu'il est le mal incarné et drapé de noir à chaque heure que Dieu fait. Avec élégance, je vous l'accorde, mais toujours avec une lueur malsaine dans le regard. L'œillade de côté comme pour trouver l'endroit où vous transpercer à coup sûr. Une sorte de spadassin du verbe et de l'acte. Toujours à la recherche de la faille pour vous faire mal. Sa présence engendrait le malaise et des frissons bizarres et glacés. Obligeant à se tenir sur sa garde en permanence.

Les sœurs, quant à elles, comment vous dire ? La première, Anne-Charlotte, s'est mariée après de brillantes études de droit avec un saint-cyrien. Elle a laissé le barreau pour le landau familial, qui a accueilli quatre beaux garçons. Surtout le deuxième. Très pratique pour faire des économies de vêtements et de garde. En effet, soucieuse d'accompagner ses enfants le plus sereinement possible lors de leurs premiers pas en ce monde cruel, AnneCha, quel diminutif ridicule, fît le sacrifice de sa carrière naissante, pour le plus grand bonheur de son officier préféré. La seconde, Cécile-Marie, après avoir foiré son entrée aux Arts et Métiers, s'est réorientée sur un master « Management et Sourcing des organisations non gouvernementales ». Par chance, son beau-frère a de nombreux camarades de promotion qui sauront la sortir de ce mauvais pas. Enfin, l'antépénultième de la fratrie mais dernière des sœurs, Appoline ne savait pas trop quoi faire, tentée soit pas la chanson, le cinéma ou la bande dessinée. A ce jour, elle défile pour les collections automne/hiver d'un ami de son père et fait des extras tarifés avec quelques autres permettant ainsi à son père de s'assurer quelques rentes supplémentaires au travers d'acquisitions en bourse. L'inceste et la domination paternelle prenant ainsi un visage plus convenable et fort rentable.


Les Falroux de Kerpenroc'h, les FdK comme nous les appelions entre nous, était un microcosme sociologiquement intéressant et représentatif, surtout d'eux-mêmes, mais qu'il convenait d'éviter pour raisons de survie, et pas seulement mentale...

Pourquoi je vous dis tout cela ? Parce que le temps m'est compté ? Parce qu'un jour vous lirez dans un journal de fait divers « Elle, étranglée... Lui, pendu, la veille de leur mariage » ? Pour peu que l'enquête soit bâclée, tous vous expliqueront que J. était possessif, souffrant de jalousie chronique.
Vous trouverez même un encadré avec le témoignage de l'une de ses ex, Solange de V. « il était fou, il me faisait peur, il avait des réactions violentes dès lors qu'un homme me faisait un compliment. Est-ce ma faute si je prends soin de moi, si j'aime les beaux ensembles ? Je vous le demande... Et puis, dans mon métier, je tiens une agence conseil en marketing pour sportifs de haut niveau, forcément je rencontre des jeunes gens, beaux et distingués, qui savent se comporter avec les femmes et ont un goût sûr en termes de voitures de sport. Alors, J. avait un tempérament que je qualifierai de volcanique mais aussi versatile. Capable des pires colères et des plus tendres attentions. Je l'aimais bien, mais il était trop... comment vous dire... instable, impulsif. Bref, pas fiable. J'ai préféré mettre un terme à notre relation avant qu'il ne me frappe. ».

Curieusement, cette affaire d'ordinaire banalement traitée et vite oubliée, trouva un intérêt pour une chaîne de la TNT qui lui consacra tout un reportage de 26 minutes en deuxième partie de soirée. A grand renfort de musique stridente, de ralentis et de scènes recomposées, les « journalistes » firent la part belle aux membres de la famille, afin de mieux comprendre qui était « Josselin, cet aristocrate né pour réussir et mort d'avoir aimé ». En voici quelques morceaux choisis :

Son père, Louis-Augustin Falroux de Kerpenroc'h : « C'était un fainéant, il ne s'est jamais intéressé aux affaires de la famille. Avec le décès de mon pauvre petit Eric, tout lui revenait. Dieu, dans son infinie bonté, loué soit son nom, en a décidé autrement, preuve qu'il n'était pas souhaitable de lui confier les rênes de notre famille. Et puis franchement, une fille de paysan. J'ai rien contre eux, il en faut, mais quand même... »

Appoline, sa soeur : « il était adorable avec moi et je le lui rendais d'ailleurs fort bien. Hummmmm... Ce n'est pas sans une certaine émotion que je pense à lui. Qu'il était beau à 17 ans, lorsque le soleil breton jouait dans les mèches folles de sa chevelure … mais je m'égare, pardonnez-moi. C'est vraiment dommage, mais cette petite peste lui a fait tourner la tête, c'est sûr. Depuis qu'elle lui avait mis le grappin dessus, je ne le voyais plus. Finis nos après-midi au grenier où l'on se racontait tout... Hummmm... Excusez-moi l'émotion des souvenirs, il faut que j'aille... me reposer.»

Gwenaël, son petit-frère : « Que voulez-vous ? Ccc'était écrit... Ce cher Josssselin, sssssi poli, ssssi ssssubtil, ssssi gentil. Il ne ssssavait pas ssss'entourer. Il ne sssse méfiait pas des gens. J'aurais pu l'aider. Mais il ne voulait pas. Qu'il drague la maraude, passsse, tradissssion oblige. Mais qu'il ssss'en amourache t' ainssssi... Cccela ne pouvait que mal finir. Quelle duperie que voilà. Mon pauvre, pauvre frère... Exssscusez-moi, je ne ssssens pas très bien... ».

Bref, l'affaire était entendue. Suite à une dispute, il m'avait étranglée et s'était pendu dans la foulée, par amour et par remords. Merci Juliette, merci Roméo. Adagio, bye bye ciao.
Baissez le rideau. 


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Si Joss et moi ne fréquentions pas les FdK, ce n'est pas seulement parce que c'était un ramassis d'abrutis, qui vivaient dans leur petit monde et que nous étions bien sans eux. Non, la vraie raison est que je savais ce qu'il allait nous arriver. Je savais qui en était responsable et que je ne pourrais jamais faire punir les coupables.

Ma malédiction, ce n'est pas de voir le futur, mais bien de ne pas pouvoir le prévenir. Mais là, c'était trop lourd, trop important pour nous. Alors j'ai dit à Josselin tout ce que j'avais vu en ce jour de chasse. Que derrière les sourires de circonstance et de bienséance se cachaient de sombres desseins, orchestrés par un patriarche ivre de son pouvoir, de ce qu'il avait construit et qu'il ne voulait pas voir tomber dans l'oubli. Malheureusement, je ne savais pas quand, les images reçues ce jour-là étaient par trop floues, disparates et quelque peu incompréhensibles car trois personnes donnaient la même vision mais sous des angles différents. Les seuls points communs : moi allongée dans une robe de soie ivoire de chez Balmain et lui se balançant, suspendu à une poutre de chêne massif, dans un costume anthracite, un lys accroché au revers de sa veste.

Bon, il faut que je me magne, ils vont venir me chercher. Et après finito. Plus personne à la radio. Donc, je vais éviter les détails. Vous avez compris les forces en présence et les rapports entre les différents protagonistes.

La mort d'Éric allait précipiter notre fin à Joss et moi. Pourtant au départ, l'idée du mariage était une bonne idée. En officialisant notre relation, Joss mettait un terme aux commérages et autres putasseries de bon aloi qui allaient bon train dans ses cercles familiaux et amicaux. Annoncé avant le décès, mais prévu suffisamment après l'enterrement et la période de deuil, notre mariage s'annonçait certes simple mais en tout cas comme un événement permettant de rebondir plus joyeusement. Pas pour Louis-Augutin.

Il était hors de question que son deuxième fils puisse légitimement avoir une descendance, d'autant que clairement il n'aurait rien transmis, incompétent en affaires qu'il était. Éric mort, Josselin hors du coup, il fallait que ce soit Gwenaël, l'héritier. Mais la loi étant la loi et la sienne étant au-dessus, Louis-Augustin, en tant que seul maître après Dieu des destinées de sa famille, décida que Josselin devait mourir.

Flûte, bordel de merde, ils arrivent. Oui, oui, je sais, il va falloir y aller. C'est bon, une minute quoi ? On est pas aux pièces. Vous pourriez être indulgents. J'ai pas demandé à être là... Cinq minutes ? Wahou... Trop bien ! Bon, je finis.

On peut être responsable, mais pas coupable. Pour obtenir ce subtil statut, qui fait la joie des politiques et des avocats, il faut diluer la dite culpabilité. Louis-Augustin, en fin tacticien, fit rapidement le tour de ses points d'appuis et par défaut ceux qui auraient à y gagner. Vous l'avez compris, deux noms émergèrent : Appoline, l'incestueuse soeurette et Gwenaël, le dernier mâle héritier. Les convaincre pris environ deux minutes trente, le temps d'exposer l'affaire est de recueillir un « Bien sûr, Papounet, je vous suis toute dévouée...hummmmm » et un « Puisqu'il faut qu'il en soit ainsi, Père, je vous assure de mon bras le plus fidèle ».

Appoline fût « choisie » comme témoin. Elle joua la partition à la perfection, m'emmenant, dans les meilleures maisons de couture, me prodiguant nombreux conseils et devenant ainsi ma meilleure amie du moment. Sous prétexte de derniers préparatifs, Joss et moi furent convier à un essayage et une répétition en petit comité. Oui, je sais, normalement le futur mari ne doit pas voir sa promise avant le jour J... Mais là, il n'y avait rien de normal dans cette famille. Enfin, pas pour nous.

Le reste est facile à deviner. Joss fût endormi. Gwenaël se jeta sur moi, m'étrangla avec les gants de Joss, tandis que son père me tenait. Puis, ils accrochèrent mon pauvre amant et le firent glisser de la chaise mise sous ses pieds. Appoline, avec un art consommé de veiller à tout, fît le ménage et débarrassa toute trace de leur passage. Ils allèrent tous ensemble au restaurant où une table avait été réservée et Appoline passa un appel sur mon portable devant plusieurs témoins : « Allo, mon Ange, c'est Appo. Nous sommes inquiets. Père et Gwenaël sont là. Pas de nouvelle d'Éric non plus. Où êtes-vous ? Que faîtes-vous ? Appelle nous vite... ». Puis en raccrochant, elle lança un superbe « Oooooh mon Dieu, pourvu qu'il ne leur arrive rien ? Ils avaient l'air si tendu cet après-midi... ». Quant à Solange de Valinges, dont le goût pour les jeux d'argent et la vodka étaient confidentiellement connus, un virement sur un compte en Suisse, leur assura un témoignage de grande qualité.

Voilà, ils sont là. Je dois y aller. C'est tout ce que je peux vous dire. Mais avant que la vie ne nous sépare, vous qui restez de ce côté du monde, promettez moi... Au revoir.

*
*    *

Epilogue

Ma chère Sandra,

C'est devant votre tombe que je vous adresse ces mots. Je ne sais si vous les recevrez. Notre liaison était temporaire. Notre malédiction à vous et moi est de savoir sans jamais être crus. De voir au travers des possibles.

Remuer la Police est compliqué et votre ex-belle famille bien trop puissante, et elle n'a pas besoin de me croire. Aussi, ai-je décidé de biaiser avec le destin. J'ai écrit votre histoire pour garder une trace de vous. J'aurai pu changer les lieux, les noms et les faits. Comme vous me l'avez dit, on ne choisit pas son prénom, mais j'ai préféré tout garder tel que vous me l'avez dit. Arrivera ce qui arrivera. Je ne suis que le messager de votre vérité.

J'espère que vous avez retrouvé Joss et que vous pouvez continuer de jouir l'un de l'autre.

Bien à vous deux,

F.



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Ce texte est une fiction. Toute ressemblance, excepté la couverture du "Détective", avec des noms ou des faits "réels" serait le fruit d'une imagination bien supérieure à celle de l'auteur.