Critique livre : Ric Rac fait du bien

"Perdre, se battre comme si la vie en dépendait et gagner. Apprends, petit, que les plus belles victoires sont celles qu'on obtient au raccroc... Le but foireux. Le vilain pointu. La limite du hors jeu. Rien de plus fort."
C'est quoi la vie d'un ado de 14 ans vivant le week-end à La Sourle, petit coin "charmant" perdu entre nulle part et pas grand chose autour, et s'échappant de l'endroit pour suivre sa formation de footballeur ? C'est quoi la vie d'un enfant qui veut grandir coincé entre un père à côté de ses pompes et une mère partie trop tôt ? C'est 245 pages effrénées à courir avec lui pour savoir...

J'ai découvert Arnaud Le Guilcher alors que je m'ennuyais lors d'une dédicace pour mon roman à Livres in Room (St Pol de Léon - Finistère - Bretagne - France). "En moins bien" qu'il était marqué sur la couverture. Petit format, pas beaucoup de pages. Ca m'allait bien. Edité chez feu Stéphane Million Editeur.

Premières lignes, premières barres de rires. Bienvenue en Absurdie !... Plaisir des mots, des images et des situations. Un ton différent. Sans autre prétention que de poser des personnages au milieu de nulle part. De les faire interagir, se déchirer, s'aimer, s'engueuler, se dépatouiller avec ce qui vient. Et ce ton, cette écriture économe, juste, placée comme une Panenka.

Lire du "Le Guilcher", c'est prendre un coupé sport, capote baissée, direction là-bas, sans savoir où. Et en s'en moquant parce qu'on sait que la route sera sympa. Malgré la pluie et la capote coincée. Malgré le soleil et l'oubli de la crème protectrice. Malgré certaines lignes droites qui d'un coup tournent à droite côté larme ou à gauche côté sourire. A moins que ce ne soit l'inverse. Parce qu'avec lui je sais jamais où il m'emmène. Et je m'en fous. Le chemin n'est pas balisé mais je connais le conducteur. Même si on va pas loin. On voyage avec Arnaud et ses personnages. Ils sont là, vivants, en chair et en maux. C'est cru, improbable, poétique, inventif, drôlatique. On se laisse aller. On sourit dans le métro. Et les Autres, les taciturnes du quotidien, demandent pourquoi. Alors on dit, on fait la pub. C'est facile. Le produit est bon. Parce que "Ric-Rac" fait un bien fou. Comme du Dard. Comme du Prévert. Si Le Guilcher est le rejeton de ces deux-là, il est surtout lui. Il a trouvé son espace dans ma bibliothèque. J'ai viré certains ou mis plus bas ou ailleurs. Je lui ai fait de la place.

Maintenant que je t'ai lu, je vais me remettre derrière le clavier. J'étais en panne. Tu m'as pris en auto-stop. Merci. On se retrouve bientôt. Là-bas. Içi ou ailleurs.

Frederic Daviken Lx

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"Ric-Rac", d'Arnaud Le Guilcher (Editions Robert Laffont)