Critique Cinéma : Before ever


Quelle magnifique idée que celle développée par Delpy, Linklater et Hawke. Et surtout quelle cohérence, quelle abnégation, quel enthousiasme, quelle complicité ils ont eus pour poursuivre depuis 20 ans le dialogue amoureux de Céline et Jesse.20 ans que je les suis ces compagnons de celluloïd et de pixels avec ma vie en baluchon, avec mes conquêtes et mes défaites, mes impressions, mes doutes et parfois certaines victoires. 

Cette trilogie cause beaucoup, elle ne fait que cela, elle nous raconte et nous montre ce que l'on sait, ce que vous vivons ou avons vécu. Quand Céline et Jesse parlent, ils nous parlent, ils prennent nos mots ceux que nous avons eus, ceux que nous n'avons pas trouvés et ceux que nous n'aurions pas du avoir dans certains lieux, à certaines heures.

Ils ont arpenté Vienne, Paris et les côtes grecques. Ils ont surtout voyagé au rythme de leurs mots, , de leurs rires, des soubresauts et des élans, des tendresses et des colères. Ils nous ont emmené vers ses rivages tant de fois abordés par les vaisseaux du cœur et de la raison. 

Véritables témoignages sur la quête éternelle de l'autre, des pièges infaillibles, des engueulades évitables que l'on évite pas, de ces moments où l'on devrait lâcher du lest au lieu de remettre du plomb, de ces moments de pure magie renouvelée, de ses tremblements qui font de nous des humains et non des machines. De cette reconquête de l'autre, malgré la vie, les heures sombres, les autres, le boulot, les choix personnels, le stress, les enfants, les rêves brisés, les "j'ai-pas-le-temps", les schémas et les évolutions... Des milliers d'années de tango dansés auparavant par d'autres couples.

Émotions à fleur de maux, rythmées par la complicité de deux acteurs merveilleux que l'on suit au fil des rues, des places, des cafés ou des chambres. Le temps est suspendu pour pouvoir enfin se poser et se dire et comment se dire.
Le couple, cette cellule fragile dans son équilibre, belle dans sa naissance, terrible dans sa survie, qui cherche à jamais la beauté des premiers gestes, des premières larmes, des premiers manques, des premiers regards, en oubliant qu'on ne peut revivre ces instants que si l'on est deux.

Ces trois films sont rares et précieux. 
Libre de penser qu'ils s'adressent à une certaine population (voire à une classe moyenne sup de 30/40 ans), pourtant inévitablement lorsque l'on veut aimer et continuer à faire vivre cet amour de l'autre en toute liberté, il n'y a plus d'âge, de lieu ou de condition sociale. Cette trilogie n'a pas d'autre prétention que de porter son regard sur de simples question "comment aime-t-on aujourdh'ui en occident ? et hier quand on s'est connu ? et demain quand on sera vieux ? Comment fait-on pour nourrir le feux issu de la première rencontre?".
Libre de penser que ce cinéma est prétentieux, chiant et sans intérêt. C'est un cinéma qui prend le temps, sans effets spéciaux autre que ceux d'acteurs impliqués. Un cinéma simple à hauteur de coeur sans autres explosions que celles des colères et des peurs. Mais qu'il est compliqué de saisir toutes les nuances de nos faiblesses et de nos grandeurs, sans les renforcer de violons et de pianos en arrière fond.


Merci à Céline et Jesse, à Julie, Ethan et Richard d'avoir mis leur talent au service de ces histoires. On ne sait pas si à la fin ils vécurent heureux et avec nombreux enfants (quoi que), mais on s'en fout les histoires d'amour ne sont pas des contes de fées. Juste des histoires que l'on écrit à deux, malgré tout.